28/04/2010

Eyjafjöll: Aline Peltier Geo physicienne.

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Quelle particularité géologique de l’Islande explique son volcanisme intense ?

 

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A.P. L’Islande est une île singulière. C’est la seule partie émergée de la dorsale médio-atlantique, au niveau de laquelle se forment les plaques américaine et eurasiatique grâce à d’importantes remontées de magma. L’Islande est également située à l’aplomb d’un point chaud dont le centre se situe au niveau du plus imposant des glaciers Islandais, le Vatnajökull, qui occupe une grande partie de l’est de l’île. L’intense activité volcanique de l’Islande, qui connaît en moyenne une éruption tous les cinq ans, résulte donc de la combinaison de ces deux contextes géodynamiques. Si le « magmatisme » de certains volcans est exclusivement lié à l’un ou à l’autre de ces contextes, la majorité d’entre eux ont un « magmatisme » d'origine mixte. C’est le cas d’Eyjafjöll et de ses voisins, dont l’activité volcanique a débuté il y a 2 à 3 millions d’années. Ils se situent au sud de l’Islande, dans une zone où se mêlent magmatisme de point chaud et magmatisme de dorsale et émettent des magmas de composition dite « transitionnelle ».

Grâce aux enregistrements sismiques, nous savons que le magma émis par Eyjafjöll vient de 25-30 kilomètres de profondeur et qu’il a entamé son ascension en avril 2009.

 

L’éruption de 2010 a connu deux phases bien distinctes. En quoi sont-elles différentes ?

 

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A.P. Eyjafjöll a en effet connu deux phases éruptives. La première a débuté le 20 mars 2010 et s’est terminée le 13 avril. On la qualifie de « fissurale »  car le magma s’épanchait depuis une fissure latérale située sur le flanc est du volcan, entre deux glaciers. Elle a produit des coulées de lave fluide aux conséquences mineures pour l’île et nulles pour l’Europe.

La seconde phase a commencé le 14 avril et continue encore aujourd’hui. Cette fois, les émissions se font depuis le cratère principal du volcan, qui est surmonté par une calotte de glace épaisse de 200 mètres. Beaucoup plus intense et violente, la libération de magma et de gaz a été accompagnée pendant plus d’une semaine d’explosions à l’origine du panache de cendres qui a atteint le ciel européen le 15 avril.

 

Comment expliquer le caractère explosif de la seconde phase de l’éruption ?

 

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A.P. Deux facteurs complémentaires peuvent être invoqués. Le plus important étant l’interaction entre le magma et la glace. La rencontre de la lave, à 1200°C, et de la glace, à 0°C produit un véritable choc thermique : la glace est instantanément vaporisée en gaz, phénomène qui s’accompagne d’une libération d’énergie qui fragmente le mélange en cendres légères et volatiles. Dans le cas présent, on estime que 20% du volume total des produits volcaniques se sont ainsi retrouvés projetés dans l’atmosphère durant les premiers jours de l’éruption.

Le second facteur a trait à la composition chimique et gazeuse du magma. Plus celui-ci est riche en silice, plus il est visqueux et cohésif, et plus son potentiel explosif est important. Lors de la première phase, la teneur en silice du magma était de 47%, contre 58% pour le magma secondairement libéré. Cet enrichissement en silice, qui résulte certainement d’un temps de résidence plus long au sein d’un réservoir magmatique, confère à ce magma une charge explosive plus forte, également renforcée par une teneur en gaz élevée.

 

Où en est l’éruption aujourd’hui ?

 

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A.P. Depuis le jeudi 22 avril, le panache de cendres n’est plus que faiblement alimenté car les explosions ont fortement diminué suite à la fonte d’environ 1/3 de la portion de la glace qui surplombait le cratère. Mais l’activité du volcan n’a pas cessé pour autant. Au contraire elle reste identique à ce qu’elle a été lors des premiers jours en libérant 500 mètres cube de magma et de gaz par seconde.

Cependant, si la composition du magma n’évolue pas, autrement dit si son taux en silice n’augmente pas, et si des nouvelles fractures sous-glaciaires n’apparaissent pas, il n’y a aucune raison pour que le panache de cendres se développe à nouveau.

 

Doit-on craindre un réveil du volcan voisin, le Katla ?

 

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A.P. Pour l’instant, le Katla n’émet aucun signal alarmant : les sismomètres ne détectent aucune activité sismique, et les GPS n’ont pas mesuré de gonflement de la croûte terrestre autour de ce volcan. Un tel soulèvement aurait indiqué que le réservoir magmatique du Katla serait en train de se remplir. Remplissage qui pourrait se faire depuis les conduits d’Eyjafjöll si ces deux volcans étaient liés. Mais le lien entre ces deux volcans n’est qu’hypothétique : il a été supposé car les deux dernières éruptions d’Eyjafjöll, en 1612 et en 1821, ont été suivies par l’entrée en éruption du Katla.

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13:47 Écrit par eyjafjöll dans Actualité scientifique | Lien permanent | Commentaires (0)

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